Expansion des lignages masculins européens

L’origine et l’ancienneté des populations européennes est sujet à controverse notamment pour savoir si elles descendent principalement des populations Paléolithiques ou Néolithiques d’Europe. Les études génétiques précédentes basées sur les populations contemporaines ont donné des résultats contradictoires. Cependant les études de l’ADN ancien sur des squelettes préhistoriques montrent une forte discontinuité génétique entre les populations paléolithique et néolithique Européennes.

Chiara Batini vient de publier un papier intitulé: Large-scale recent expansion of European patrilineages shown by population resequencing. Elle a analysé le séquençage de nouvelle génération du chromosome Y de 334 hommes appartenant à 17 populations d’Europe et du Proche-Orient.

Un arbre phylogénétique a été construit:
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L’haplogroupe le plus fréquent est R1b qui atteint une fréquence de 43,1%, suivi par I1 (13,8%), I2 (9%), R1a (7,5%) et J2 (7,5%). Certaines clades sont très localisées géographiquement comme N1c que l’on retrouve principalement en Finlande, et les haplogroupes E, G et J sur le pourtour Méditerranéen.

Les haplogroupes E1b, G2a, I2, J2, L et T contiennent de longues branches, alors que les haplogroupes I1, N1c, R1a et R1b montrent des généalogies beaucoup plus récentes. L’haplogroupe R1b est particulièrement frappant avec une phylogénie en étoile remarquable contenant 44 branches terminales. L’estimation du temps du plus récent ancêtre commun TMRCA confirme ces résultats:
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Ainsi 64% des échantillons de cette étude descendent de 3 ancêtres qui vivaient il y a moins de 7300 ans.

L’étude de la diversité génétique montre que la plus grande diversité se trouve en Turquie et en Grèce suivies par les populations du sud comme la Palestine. La plus faible diversité se trouve chez les Saami de Finlande et les habitants des îles Orkney. Il y a ainsi une forte corrélation entre la décroissance de la diversité génétique et un gradient sud-nord et est-ouest. Ce résultat est compatible avec une diffusion démique à partir du Proche-Orient.

Ensuite une Analyse par Bayesian Skyline Plots permet d’estimer l’évolution des tailles efectives des populations:
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Les Saami et les Palestiniens montrent une démographie particulière par rapport aux autres populations, tandis que les Turques et les Grecs montrent une expansion générale croissante. Un schéma différent apparait pour le reste des populations qui montre un minimum entre 2100 et 4200 ans, suivi par une forte expansion. Ces résultats semblent indiquer que l’origine de cette expansion n’est pas due à la diffusion de l’agriculture en Europe. Au contraire ils indiquent une rapide transition affectant les lignages masculins sur toute l’Europe. Ces résultats sont conformes aux résultats d’ADN ancien sur des squelettes préhistoriques qui montrent que les haplogroupes R1a, R1b et I1 sont absents ou très rares en Europe avant 5000 ans, alors que les haplogroupes I2 et G2a sont prévalents. Les lignages R1a et R1b sont présents dans les Steppes Eurasiennes avant le reste de l’Europe, faisant de cette région l’origine probable de cette expansion récente.

La période entre 4000 et 5000 ans est caractérisée par un brusque changement des pratiques funéraires en Europe qui semble lié à une mise en avant de l’individu, une émergence d’une élite et le développement des armes. Ces changements semblent donc liés à la diffusion de certains haplogroupes génétiques masculins.