ADN mitochondrial ancien

issu de la nécropole Alsacienne d’Obernai du Néolithique Moyen

Le mode de vie Néolithique qui inclue le fermage, la poterie, la pierre polie et le sédentarisme est apparu au Proche-Orient il y a environ 10.000 ans, et s’est ensuite diffusé vers l’Europe suivant deux routes principales: une route continentale le long de la vallée du Danube et une route Méditerranéenne le long de la côte Sud Européenne. La route continentale est associée à la culture Linearbandkeramik (LBK) qui apparait vers 5500 av. JC. en Bohème, Moravie et Hongrie, avant de se diffuser rapidement vers l’ouest jusqu’aux rives du Rhin. La culture LBK est appelée en France la culture Rubanée. En France on fait la distinction entre deux sous-cultures: le Rubané du Sud-Ouest (RSO) et le Rubané du Nord-Ouest (RNO) qui diffèrent selon leurs pratiques funéraires. Le mort est enterré dans une position sur le côté dans la RSO et sur le dos dans la RNO. Il a été suggéré que ces différences seraient dues à des influences de chasseurs-cueilleurs dans ces groupes.

En Alsace, le Néolithique Moyen est représenté par différentes cultures successives dérivant du Rubané. La culture Hinkelstein apparait à la fin du 6ème millénaire av. JC. Elle est suivie par la culture Grossgartach après 5000 av. JC. Vers 4750 av. JC., apparait la culture de Roessen remplacée par la culture de Bischheim après 4600 ou 4550 av. JC.:
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Entre les cultures Grossgartach et Roessen, existe spécifiquement dans la vallée du Rhin, la culture Planig–Friedberg qui présente des similarités avec le début de la culture de Roessen. En Alsace, il y a une forte homogénéité de ces cultures successives visibles surtout selon les pratiques funéraires: position du squelette et mobilier archéologique. La différence entre les cultures Grossgartach, Planig–Friedberg et Roessen tient essentiellement dans le nombre de sépultures dans chaque nécropole.

Maïte Rivollat et ses collègues viennent de publier un papier intitulé: Ancient mitochondrial DNA from the middle neolithic necropolis of Obernai extends the genetic influence of the LBK to west of the Rhine. Ils ont étudié l’ADN des squelettes de la nécropole d’Obernai située en Alsace. Celle-ci est datée entre 4766 et 4456 av. JC. en accord avec le mobilier archéologique. Cette nécropole est associée aux cultures suivantes: Grossgartach, Planig–Friedberg et Roessen. Un total de 27 individus y étaient enterrés dans des cercueils de bois. La majorité des squelettes sont alignés suivant un axe Ouest-Est, la tête située à l’Ouest, allongés sur le dos et les jambes étendues, en accord avec ce que l’on sait de la culture RNO. Les sépultures de la nécropole se regroupent en trois clusters appartenant à des cultures différentes. Le premier groupe comprend quatre sépultures de la culture Grossgartach et trois sépultures de culture non identifiée. Ce groupe est le plus ancien. Le second groupe est associé à la culture Planig–Friedberg pour deux sépultures, alors que deux sépultures sont de culture non identifiée. Enfin le groupe 3 comprend 17 sépultures associées aux cultures Planig–Friedberg et Roessen.

Sur les 27 individus, 23 ont été testés sur la région HVR1 de l’ADN mitochondrial, 18 SNPs permettant de discriminer les haplogroupes mitochondriaux, et sur 10 SNPs permettant de discriminer les haplogroupes du chromosome Y. Seulement 17 haplogroupes mitochondriaux et 15 séquences HVR1 ont pu être déterminés, et malheureusement aucun haplogroupe du chromosome Y:
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Les résultats obtenus sont en total accord avec une population proche des premiers fermiers d’Europe Centrale. Les haplogroupes mitochondriaux obtenus sont K, H, J, N1a, HV, V, X et U5 largement représentés également en Europe Centrale. Il y a également 11 haplotypes différents. Deux individus du groupe 3 ont le même haplotype appartenant à l’haplogroupe V, et deux autres du même groupe 3 ont le même haplotype appartenant à l’haplogroupe K1a. Enfin trois individus ont le même haplotype équivalent à la séquence de référence rCRS, bien qu’appartenant à trois haplogroupes différents: H, H1 et HV.

Les auteurs ont ensuite construit un réseau à partir des différents haplotypes des individus d’Obernai mais aussi à partir d’haplotypes d’individus anciens antérieurs à la période d’Obernai:
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Les chasseurs-cueilleurs sont en rose, TLBK en vert foncé représentent les fermiers de Hongrie et de Croatie, Central_F en vert représentent les fermiers d’Europe Centrale, France en rouge représentent les fermiers des nécropoles de Gurgy et de Prissé la Charrière, South_F représentent les fermiers d’Espagne et Obernai en jaune les individus de cette étude. Ainsi la figure ci-dessus montre que les individus d’Obernai se regroupent avec ceux de Hongrie et Croatie ainsi qu’avec ceux d’Europe Centrale. Il y a une claire affiliation entre les squelettes Alsaciens et les individus issus de la route Néolithique Danubienne. C’est notamment visible pour trois haplotypes appartenant aux haplogroupes K, X et N1a. L’unique haplotype U5 d’Obernai dérive d’un haplotype commun entre un chasseur-cueilleur et un fermier d’Allemagne. Il n’est donc pas possible de savoir si cet individu d’Obernai a hérité son haplogroupe mitochondrial d’un chasseur-cueilleur qui aurait été intégré dans la société Néolithique d’Obernai, ou d’un fermier allemand. Ce point ne permet donc pas de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse que la culture RNO aurait subi des influences chasseurs-cueilleurs. Ceci étant, un seul haplogroupe U5 parmi 17 déterminés indique une faible influence chasseurs-cueilleurs dans la société d’Obernai. C’est notamment plus faible que ce qu’ont donné les résultats sur la nécropole de Gurgy dans le bassin Parisien pour laquelle 16% des échantillons sont de l’haplogroupe U.

De manière intéressante, il y a un individu d’Obernai d’haplogroupe N1a spécifique au Néolithique Danubien. Cet haplotype a été détecté en Hongrie, Allemagne et en France à Gurgy en région Parisienne mais aussi à Prissé la Charrière dans l’ouest de la France.